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Femmes de sciences : Les Ursulines de Québec et leurs élèves, 1800-1936 [r-libre/3976]

Morneau-Guérin, Frédéric (2026). Femmes de sciences : Les Ursulines de Québec et leurs élèves, 1800-1936 [compte rendu de l'ouvrage de Lafrance, Mélanie]. Les Cahiers de lecture de L’Action nationale, XX (2), 18-19.

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  Microsoft Word - Texte Femmes de Sciences.docx
Contenu du fichier : Manuscrit soumis (avant évaluation)
Accès restreint jusqu'à fin- mars 2026.
 
Catégorie de document : Comptes rendus d'ouvrages
Évaluation par un comité de lecture : Oui
Étape de publication : Publié
Résumé : Dans Femmes de sciences : Les Ursulines de Québec et leurs élèves, 1800–1936, l’historienne Mélanie Lafrance met au jour une page largement méconnue de l’histoire de l’enseignement au Québec, à savoir le rôle central joué par les Ursulines de Québec dans la formation scientifique des jeunes filles au XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle. L’ouvrage, solidement documenté, éclaire une contribution féminine longtemps demeurée en marge des récits classiques sur l’histoire des sciences et de l’éducation au Québec. S’appuyant sur un dépouillement minutieux des archives des Ursulines, Lafrance propose un récit structuré en trois temps, suivant la transmission d’un projet éducatif au fil des générations. Le premier acte s’ouvre au XIXᵉ siècle avec l’arrivée, au monastère des Ursulines de Québec, d’un petit groupe de jeunes femmes issues principalement du monde anglophone, dont plusieurs Américaines d’origine irlandaise. Appuyées par le clergé catholique, soucieux de retenir l’élite féminine dans des institutions confessionnelles face à la concurrence des écoles protestantes, ces jeunes femmes animées par une foi intense et porteuses d’une culture générale nourrie – où les sciences occupent une place non négligeable – participent à l’élaboration d’un enseignement scientifique structuré destiné aux femmes dans un cadre catholique. Le deuxième temps du récit montre comment une génération formée au sein même du couvent reprend le flambeau. Ces religieuses et enseignantes, à la fois héritières et actrices du projet initial, consolident l’enseignement des sciences. La troisième génération, également formée sur place, devra toutefois composer avec un contexte moins favorable. Au tournant du XXᵉ siècle, les transformations sociales liées à l’industrialisation et à l’urbanisation, de même que l’évolution du statut du clergé, alimentent une méfiance croissante à l’égard de la présence accrue des femmes instruites dans la sphère publique. Ce climat contribue à fragiliser un équilibre pédagogique et institutionnel patiemment construit. Au-delà de l’histoire institutionnelle, l’ouvrage brosse le portrait vivant de plusieurs pionnières. En filigrane, se dessine l’idée que le catholicisme constituait, à cette époque, un ancrage identitaire au moins aussi structurant – sinon davantage – que l’appartenance linguistique. Pour certaines de ces femmes venues des États-Unis, le cloître québécois représente un refuge catholique dans un environnement nord-américain où leur appartenance confessionnelle entrait souvent en tension. Leur capital culturel et scientifique – parfois nourri par des liens familiaux avec des médecins ou des membres du clergé – contribue à une véritable médiation culturelle au profit des milieux éduqués québécois. L’ouvrage laisse également entrevoir, sans la thématiser trop frontalement, une manière particulière de penser le rapport entre science et religion. La pratique scientifique décrite ne s’inscrit pas dans une logique de confrontation, mais dans une continuité de sens où l’étude de la nature participe d’une quête spirituelle plus large. Cette lecture, suggérée à demi-mots, fait apparaître que, pour ces religieuses, l’enseignement des sciences débordait largement la seule utilité pratique, s’inscrivant dans une formation à la fois intellectuelle, morale et religieuse, relevant d’une théologie naturelle. Enfin, l’ouvrage se distingue par une iconographie abondante et soignée : photographies d’archives, documents manuscrits, extraits de plans d’études et portraits de religieuses jalonnent le récit, donnent chair au propos et renforcent l’immersion du lecteur. Plusieurs de ces images frappent par leur force évocatrice : on y découvre de jeunes femmes au regard vif, visiblement animées par des projets, une ambition pédagogique et une curiosité scientifique qui rendent leur parcours d’autant plus poignant. Rigoureux sans être aride, accessible sans sacrifier la précision, l’ouvrage constitue une contribution majeure à l’histoire de l’éducation, de la science et des femmes au Québec.
Déposant: Morneau-Guérin, Frédéric
Responsable : Frédéric Morneau-Guérin
Dépôt : 10 févr. 2026 16:29
Dernière modification : 10 févr. 2026 20:17

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